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Le blog d'Arta Seiti


L’ardente nécessité d'une mise en récit de l'historiographie albanaise

Publié par Passions Electives sur 26 Novembre 2012, 16:02pm

Le 100ème anniversaire de l'indépendance de la nation albanaise 1912- 2012, ravive le débat sur la question nationale et "l'albanité" revient en force avec des commémorations et une symbolique très puissante à travers le drapeau rouge et noir dans les Balkans.

Sont ainsi programmées d’importantes manifestations où sont convoquées et célébrées des figures emblématiques telles qu’Ismail Qemali, Isa Buletini… Nous assistons par le truchement de cette initiative mais aussi par l’organisation d'autres événements à la mise en place et au déploiement d’un véritable dispositif qui vise à évoquer le socle commun de la nation albanaise.
Mais au-delà de la symbolique du rouge et noir, un tel anniversaire ne renvoie-t-il pas à la nécessité indispensable d'une mise en récit de l'historiographie albanaise ?

Dès lors, une autre question surgit immédiatement : de quelle manière le récit élaboré par plusieurs générations d’historiens se croise-t-il actuellement ?

Une dispute interprétative se fait jour autour de la figure clé d'Ismail Qemali, celui qui a proclamé l’indépendance de l’Albanie dans la ville de Vlora. Malgré l'ouverture des archives albanaises, des zones d'ombre et une analyse manichéenne de l'historiographie albanaise, témoignent d’une narration qui apparaît à la croisée des chemins...
Si des historiens albanais attribuent la paternité de l’indépendance à Ismail Qemali - une approche à débattre, étant donné les dernières études scientifiques plurielles venant de chercheurs hongrois et français- d'autres historiens essaient de mettre en avant une approche par le haut de l'historiographie, où l'indépendance demeure encadrée dans le contexte des guerres balkaniques et des jeux d’intérêt des empires notamment de l’empire austro-hongrois.

Plusieurs versions donc se trouvent confrontées, alors que les esprits s'enflamment face au projet du Premier Ministre albanais d’ériger un monument du roi Zog - après l'inhumation de ce dernier à Tirana. Un tel fait amoindrit la figure principale d'Ismail Qemali et semblerait réduire aussi du même coup, l’importance de cet anniversaire.

En opposant une figure à une autre, ou en les mettant ainsi en concurrence, l'historiographie albanaise semble souffrir du manque d’indépendance du travail de recherche, seul gage de rigueur méthodologique face à des enjeux historiographiques de cette importance. N’est-il pas dommageable de constater que le politique s'immisce trop souvent - à l’instar de la période communiste - dans un champ de recherche qui requiert de la distance et de la retenue, au risque de prêter le flanc aux accusations d’instrumentalisation aux fins d’élaboration d’une histoire officielle et forcément figée.

Pour surmonter un tel écueil, l’historicisation de l’Albanie requiert tout d'abord une vraie volonté, mais aussi une lucidité et une honnêteté intellectuelles indispensables et devrait être conçue seulement par des historiens et des juristes disposant d’une maîtrise du droit international.

A cet égard, un Comité d'études indépendant des institutions politiques devrait étayer cet indispensable travail d’élaboration, grâce aux documents des archives albanaises, mais aussi des fonds disponibles à Vienne et en Turquie. Ajoutons que la contribution d’historiens étrangers sur de tels enjeux touchant à la nation albanaise pourrait s’avérer précieuse.

De tels événements majeurs et fondateurs de la nation albanaise, devraient également inciter à examiner à nouveaux frais le débat sur les figures certes tutélaires, mais aussi à éclairer toute une époque de fermeture et d'isolement de l’Etat albanais étalée sur 45 ans.

Gageons qu’un tel questionnement de l'histoire - loin de se contenter de placer la focale sur la seule personne du dictateur - se proposerait d’ouvrir d'autres pistes de recherches mobilisant d'autres disciplines permettant de rendre intelligible cette séquence qui reste à déchiffrer, tant au plan intérieur que sur le champ des relations internationales

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