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Le blog d'Arta Seiti


La Mémoire de la Shoah à l’œuvre dans les Balkans

Publié par Passions Electives sur 6 Septembre 2011, 18:05pm

Prémisses d'un travail en cours d'élaboration

La singularité de la Shoah constitue un double enjeu, tant pour le travail de mémoire que la recherche minutieuse de la vérité des faits telle que l’histoire se charge de nous la restituer.

Le chercheur dès lors qu’il s’efforce de mettre à distance les faits, de ne pas coller à un récit purement subjectif ou émotionnel, se doit de considérer que ces deux concepts sont parfois solidaires mais souvent antagonistes.

L’honnêteté intellectuelle consisterait pour quiconquque de reconnaître cette tension et même dans une certaine mesure accepter qu’elle soit à l’œuvre, au cœur même d’une approche dite comparative.

Rien ne serait plus fallacieux que de gommer cette contradiction, d’autant que la région Balkanique souvent en butte aux passions, incite à un usage maîtrisé des enjeux mémoriels de sorte de ne pas nourrir une sorte de concurrence mémorielle, qui serait facilement instrumentalisable par les nationalismes en présence.

Réfléchir sur les enjeux de mémoire vus des Balkans n’est pas une tâche aisée.

Parce que la mémoire est un des concepts les plus délicats à manier d’autant plus quand elle a trait à une catastrophe, comme celle de la destruction planifiée des juifs d’Europe.

La mémoire qu’elle soit individuelle ou collective n’est pas infaillible, elle est par essence lacunaire, elle est susceptible d’être l’objet d’une réécriture sincère des évènements. Elle est souvent fragmentaire, susceptible de masquer inconsciemment, involontairement certains éléments occultés, demeurés dans une zone grise.

Pierre Nora définit la mémoire comme « le souvenir d’une expérience vécue et fantasmée et, à ce titre, elle est portée par des groupes vivants, ouverte à toutes les transformations, inconsciente de ses déformations successives, vulnérable à toutes les manipulations, susceptible de longues latences et de brusques réveils ».

Henri Rousso, historien de la Seconde guerre mondiale, considère que « la mémoire relève d’une approche sensible, individuelle presque sentimentale du passé, qu’il abolit la caractéristique première de l’histoire historienne, à savoir la mise à distance ».

Et lorsqu’elle est érigée en devoir – c'est-à-dire en impératif catégorique- l’on prend le risque comme le disait le philosophe Paul Ricœur d’instaurer « une mémoire obligée », une sorte d’ « injonction à se souvenir » qui ne peut se comprendre que par rapport « aux évènements horribles » auxquels il fait référence et qui n’a de sens que par rapport « à la difficulté ressentie par la communauté nationale, ou par des parties blessées du corps politique, à faire mémoire de ces évènements de manière apaisée. »

Nous devons aller dans son sens lorsqu’il insiste sur la « nécessité du travail » de mémoire qu’il associe au travail de deuil. Je préfère recourir pour ma part à cette formule qui me paraît convenir aux enjeux des Balkans : nous devons mettre la mémoire au travail. Mais j’insiste sur l’avertissement de Paul Ricœur quant au glissement du bon usage à l’abus du « devoir de mémoire », lorsque le « devoir de rendre justice, par le souvenir à un autre que soi », aux victimes à l’égard desquelles nous avons une dette à payer, s’érige « en direction de conscience qui se proclame elle-même porte-parole de la demande de justice des victimes » par une sorte de « captation de la parole muette des victimes »

Gardons-nous, disait-il « que l’injonction de se souvenir ne soit entendue comme une invitation adressée à la mémoire à court-circuiter le travail de mémoire ».

François Bédarida, historien du Génocide, allait dans le même sens lorsqu’il aimait à rappeler qu’au-delà du devoir de mémoire, il y a un « devoir de connaissance » qu’il définissait comme « la constitution d’un savoir seul apte à construire une mémoire vraie ».

La parole est pour la dernière fois à Pierre Nora qui dit que « la mémoire est un absolu quand l’histoire ne connaît que du relatif ».

Quels enjeux pour les Balkans :

1- Présenter les enjeux de mémoire de la Shoah à partir de l’évocation des différentes situations en Serbie, Croatie, Macédoine, Albanie, Bosnie-Herzégovine, Roumanie.

2- Présenter la relation méconnue de l’Albanie avec les juifs :

(Dispersion des juifs, expulsion des juifs d’Espagne, présence juive dans l’Empire Ottoman, l’impact de Shabbataï Tzevi sur les communautés juives, apostasie, conversion à l’Islam et présence des dunmeh. L’attitude exemplaire de l’Albanie face à la Shoah, idée d’une enclave territoriale juive, les Justes d’Albanie).

3- En appeler en conclusion, pour surmonter le risque d’une reconstruction héroïque des faits ou d’une instrumentalisation purement nationale des faits à une mise en commun des équipes de recherche et d’historiens pour construire une mémoire partagée

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