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Le blog d'Arta Seiti


Le rejet exprimé par l’électorat serbe conduira-t-il vers le repli nationaliste ?

Publié par Passions Electives sur 21 Mai 2012, 15:05pm

Ce changement de la donne politique intérieure de la Serbie s’inscrit pourtant dans une séquence européenne rythmée par des élections qui ont eu lieu notamment en France, en Grèce et en Allemagne.

Si le risque de la régression identitaire vers un passé nationaliste existe à l’évidence, pour autant il ne faut pas s’en tenir à cette seule lecture.

L’affichage d’une modernité « pro-européenne » n’a pas suffi à effacer le bilan de l’action conduite par DS lors des deux derniers mandats en Serbie !

La campagne en outre, n’a pas fait apparaître de divergences programmatiques fondamentales entre les candidats. En revanche le désir de sanctionner les politiques conduites par DS, constitue le fait majeur de cette élection.

Le taux d’abstention notable de 53, 13 % traduit un désaveu pour le sortant, Tadic, en dépit des sondages, mais surtout une crise de confiance massive sur fond de difficulté économique de l’UE qui a accéléré ce choix. L’usure d’une clique, le rejet d’une gouvernance traduisant ainsi un véritable désarroi de la population à l’égard de la situation économique intérieure révèle une inquiétude massive quant à l'avenir.

Au fil de la lecture des commentaires publiés dans un quotidien serbe, après la victoire de Nikolic, lors de l’élection présidentielle du 20 mai 2012, une phrase a retenu toute mon attention :« la Serbie a trouvé sa dignité ».

Mais de quelle dignité s’agit-il ?

De la dignité économique ou de celle qui se rapporte au projet nationaliste? Ou des deux éléments ensemble ?A noter que Nikolic, pendant son discours prononcé après les résultats partiels, a souhaité d’avantage se concentrer sur l’économie pour sortir la Serbie de « la corruption et de la pauvreté ».La dignité sera-t-elle donc rétablie ?

Suivisme européen mais durcissement de la position à l’égard du Kosovo (« le Kosovo c’est la Serbie »), il prône ainsi « la protection des Serbes vivant au Nord du Kosovo ». Mais il évoque aussi le « faible taux de natalité serbe », qu’il souhaiterait accroître, une idée qui ne cache pas la référence à son passé nationaliste auprès du Parti radical de Seselj, inculpé pour crimes de guerre par le TPIY. Une dignité qui se situerait sur le plan démographique…

Dans ce contexte, l’intégration dans l'UE et le rapprochement avec la Russie sont-ils deux tentations contradictoires ou complémentaires pour la Serbie ? Lors de la campagne électorale, il ne faut pas oublier de mentionner le soutien de la Russie à travers son ambassadeur à Belgrade, qui a soutenu publiquement la candidature de Nikolic. S’ajoute à cela le soutien qualifié de « privé » du maire new-yorkais Rudolph Giuliani au vice-président du SNS Aleksandar Vucic, pendant la campagne des élections municipales.

Se dessinent ainsi des partenariats désirés par la Serbie, au-delà de la seule UE, alors que la vision stratégique européenne s’affaiblit à mesure que s’approfondit la crise de L’UE.

Un fort scepticisme à l’égard de l’Europe, un ancrage important de Nikolic et de son allié de DSS, Kostunica, au nord du Kosovo, caractérisent la situation actuelle. Il incombera à l’UE d’être clairvoyante, d’accepter une tactique complémentaire UE- Russie et d’affirmer la priorité à la constitution d’une communauté régionale économique. Elle devra toutefois mesurer la complexité de sa mise en œuvre au regard du contexte régional et européen marqué par de multiples difficultés.

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