Publié par Passions Electives

Le premier ministre turc Erdogan s'est rendu au Kosovo pour inaugurer l’Aéroport de Pristina « Adem Jashari » dont la Turquie se trouve être le principal investisseur. Devant de nombreux citoyens rassemblés sur la place de la ville de Prizren, il a déclaré: « La Turquie est le Kosovo, le Kosovo et la Turquie"... nous ne supportons plus de voir ni les larmes ni le sang couler dans les Balkans. Nous voulons que la paix, la solidarité et le bien règnent dans cette région ».

Sur fond d’une campagne tendue à l’occasion des élections municipales - programmées le 3 novembre prochain au Kosovo -, la Turquie, représentée par le chef de son gouvernement entouré du Premier ministre albanais et de son alter ego kosovar, s’affirme ainsi tout à la fois comme une puissance économique et comme un acteur stratégique de premier plan dans la région.

Au-delà d’une idéologie impériale qui dérange les éditorialistes kosovars - « Voter Erdogan », rapporte le quotidien kosovar Express - une partie de la jeune génération des élites kosovares s’inquiète de « l’agenda islamique » de la Turquie et de ses conséquences à l’égard du Kosovo. Néanmoins, conscients de l’importance du partenariat économique et stratégique avec le voisin turc, les gouvernements de Pristina et de Tirana témoignent d’un intérêt croissant pour cette puissance incontournable.

Entre vestige, renouveau et emprise régionale, la Turquie apparait ainsi à travers le passé et le présent, forte de la symbolique et d’une structure ordonnée des institutions de l’empire et de son expansion économique déployée actuellement dans les Balkans. Plus proche de l’Union européenne - dont elle n’est pas membre - mais protégée de ce fait par cette extériorité qui la prémunit des affres de la crise économique européenne, la Turquie - souvent partenaire de la Russie dans les projets communs dans les deux Etats dans les Balkans - émerge comme un acteur clé. (Seiti.A, Quelle lecture du « néo-ottomanisme ? » , Revue Défense Nationale).

Convenons que le contexte que traverse cette région est marqué par un certain nombre d’incertitudes, tant sur le plan stratégique qu’économique.

Ainsi, si l’élargissement de l’Union européenne est ressenti comme un horizon souhaitable tant par les dirigeants de l’UE que par les décideurs politiques locaux, demeurent beaucoup d’interrogations sur les modalités et les délais d’une telle adhésion, tenant compte des critères requis et des contraintes procédurales.

Il est à regretter qu’une réflexion spécifique permettant de mettre en œuvre une approche régionale n’ait été envisagée comme une étape transitoire et comme tremplin dans la perspective d’un éventuel élargissement. Une telle démarche eût pu permettre de susciter des convergences au sein d’un espace géopolitique marqué par des spécificités fortes. Elle eût sans nul doute contribué, à faire des états de la région des acteurs pleinement impliqués dans la mise en œuvre d’un processus de stabilisation, préalable à l’adhésion à l’Union européenne. La montée en puissance de la Turquie et le renforcement de son ancrage régional, constitue à cet égard un élément de première importance pour la compréhension de l’équation des Balkans.

En dépit des déclarations récentes des institutions européennes en faveur d’une intégration entière des Balkans à l’Union européenne, convenons de rappeler qu’ il faut donner du temps au temps , en faisant prévaloir une approche régionale respectueuse des spécificités de chacun des Etats et soucieuse d’œuvrer à un véritable équilibre.

Cette démarche réaliste, emprunte de pragmatisme ne sous-estimant ni les difficultés, ni les divergences de trajectoires et d’orientations ni les possibilités de rapprochement nous paraît préférable à une conception de l’élargissement qui - pour généreuse qu’en soit les motivations dédiées à une certaine idée de la réconciliation - n’en est pas moins marquée du sceau de l’abstraction.

Le réalisme consiste d’ailleurs à ajouter ici, qu’en dépit des déclarations récentes laissant entrevoir la possibilité d’une réouverture des négociations en faveur d’une adhésion de la Turquie à l’Union européenne, une telle option loin de faire l’unanimité au sein des états membres, ne paraît nullement acquise.

C’est pourquoi, il nous semble raisonnable de considérer les Balkans comme un espace géopolitique spécifique, doté de caractéristiques particulières dont il convient de respecter les rythmes. Le développement de partenariats stratégiques avec la Turquie ou avec la Russie rythmera l’agenda des Balkans. Face à un élargissement de l’Union européenne dont la concrétisation n’est pas envisageable à court-terme, les Balkans devront faire face à des nécessités plus concrètes et surtout plus immédiates : développement économique, infrastructures, tourisme, enseignement, santé, sécurité régionale autant de dossiers qui, pensons-nous, incitent à promouvoir une démarche régionale fondée sur la coopération des états, ouverte à différents partenariats non exclusivement circonscrits à l’agenda de l’adhésion à l’Union européenne.

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