Publié par Passions Electives

Chronique balkanique :

Les Balkans entre holisme et individualisme (I)

Note préliminaire : Quelques idées clés qui constitueraient la colonne vertébrale de la grille d’analyse mise en oeuvre dans cet article méritent d’être rappelées :

La modernité est caractérisée par un renversement de valeurs, une affirmation de la primauté de l’individu érigée au rang de valeur ultime ; la modernité est envisagée comme valeur et non comme mode de production (Louis Dumont).

Il existe une hybridation entre holisme et individualisme. Ainsi l’individualisme s’affirme comme évidence incontournable. En même temps, il est irrémédiablement hanté par son contraire.

La société moderne devrait être analysée comme une combinaison entre valeurs individualistes et valeurs opposées du holisme. Il en résulte une hybridation de valeurs antagonistes.

Le traitement médiatique consacré aux Balkans est trop souvent subordonné à cette tyrannie de l’instant qui condamne nos sociétés démocratiques à privilégier l’écume conjoncturelle au détriment des courants profonds.

Il est impossible d’analyser la manière dont les hommes –où qu’ils vivent- font société ou nation en restant « branché » sur le rythme incessant et heurté des flux de l’information continue qui incitent à la « réactivité » et inhibent la pensée critique. Il n’est que d’évoquer la période récente pour mesurer cet écueil. Ainsi l’accord auquel ont consenti les dirigeants serbes et kosovares a pu être qualifié d’ « historique » et ainsi érigé au rang d’une séquence d’apaisement rédempteur, rendue possible par la bienveillante sagacité d’une politique étrangère européenne vouée à l’idée de réconciliation.

Nous avons montré ici qu’au-delà d’un maître mot scénarisé sur le modèle franco-allemand, le décryptage du réel appelait à un traitement des faits autrement plus nuancé.

De la même manière, l’entrée de la Croatie dans l’Union européenne et le désir d’intégration affiché de manière ostentatoire par la coalition au pouvoir en Serbie ont été présentés comme les étapes majeures d’une voie royale, conduisant à l’émancipation et à la pacification. Nous soulignerons ici que l’Union européenne, dont les valeurs conjuguent les droits de l’individu à ceux du marché renoue ainsi avec la tentation des grands récits téléologiques, à l’instar du fameux sens de l’histoire, célébré naguère par certaines idéologies du XXe siècle.

Soucieux de ne pas nous laisser enfermer dans une vision déterministe –fusse au nom des plus nobles considérations éthiques-il nous paraît utile d’observer ce qui est à l’œuvre au sein des sociétés considérées, plutôt que de les assujettir à un récit qui en ignorerait les rythmes et les spécificités...

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