Publié par Passions Electives

L’éclairage des guerres balkaniques devrait contribuer à une approche renouvelée des causes de la Grande Guerre. Les deux conflits balkaniques sont riches d’enjeux géostratégiques en raison du fort impact exercé sur le jeu des puissances. Ils sont en outre extrêmement révélateurs de la centralité que constitue l’antagonisme austro-russe, clé d’une compréhension indispensable de la période.

Voici pour contribuer à rendre intelligible cette période historique qu’on aurait tort d’escamoter par commodité ou simplification, quelques passages de l’article « l’Europe à la veille des guerres balkaniques » de l’historien Jean- Paul BLED, extraits de l’ouvrage Les guerres balkaniques, 1912-1913 , Jean-Paul BLED et Jean-Pierre DESCHOLDT (dir.)

« Traduction d’une convergence, les deux empereurs, François –Joseph et Nicolas II, se rencontrèrent, en octobre 1903, à Mürzsteg en Styrie et y concluent un accord sur le règlement de la question macédonienne qui doit aider à stabiliser la situation. L’objectif était atteint à la réserve près, mais elle est de taille, que la Serbie a été secouée, quelques mois plutôt par un coup d’état, qui n’a pas seulement entrainé un changement de dynastie, mais annonce aussi une révision de la politique extérieure de Belgrade. Jusqu’alors tournée vers Vienne, une orientation qui bridait ses ambitions nationales, la Serbie se fixe dorénavant pour objectif de rassembler tous les Serbes sous sa souveraineté, qu’ils appartiennent encore à l’Autriche- Hongrie ou à l’Empire ottoman. Peut être, vise-t-elle-même à devenir le Piémont des Slaves du Sud, comme le Piémont avait entrepris de rassembler tous les Italiens sous son égide… Par l’accord de Mürzsteg, la Russie a reconnu à l’Autriche- Hongrie le droit d’inscrire la partie occidentale des Balkans dans sa sphère d’influence. »

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« La décision de Vienne d’annexer la Bosnie-Herzégovine n’a rien d’un coup de tête. Depuis la crise qui avait trouvé son règlement au congrès de Berlin, en juillet 1878, le projet est dans l’air. Le comte Andrassy, alors en charge de la diplomatie austro-hongroise, avait préféré la solution qui confiait à la Monarchie l’administration de ces provinces, alors que la souveraineté nominale resterait à la Sublime Porte. ».

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« Il ne faudrait pas sous-estimer les conséquences de la révolution qui a porté en 1908 les Jeunes-Turcs au pouvoir à Istanbul. »

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Coup d’Etat de 1903 : « d’allié, la Serbie est brutalement passée au statut d’ennemi potentiel. Le nouveau ministre austro-hongrois des Affaires étrangères, le baron von Aehrenthal, est décidé à relever le défi… A cette fin, il propose à François-Joseph d’annexer la Bosnie- Herzégovine. Il s’agirait, en rendant permanente la présence austro-hongroise de renforcer la ligne de défense contre l’expansionnisme serbe. Il voit aussi dans cette annexion une étape majeure vers un règlement de la question des Slaves du Sud. Il l'intègre à un plan qui vise à rassembler les Slaves du Sud de la Monarchie sous une même autorité. Avec la formation de ce pôle plus peuplé que la petite Serbie, celle-ci perdrait son pouvoir d'attraction...la Russie, à peine sortie d’une guerre perdue et d’une grave crise révolutionnaire, n’a pas recouvré les moyens d’une politique active dans les Balkans. »

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« En ce milieu de l’année 1912, les conditions d’un conflit important sont réunies. La formation de la Ligue balkanique l’annonce. Les quatre Etats alliés s’apprêtent à attaquer l’Empire Ottoman. Pour ce faire, ils bénéficient de la bénédiction de la Russie. Reste une inconnue : face à ce conflit, quel sera la réponse de l’Autriche-Hongrie ? »

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« En ce début de l’année 1914, l’épée de Damoclès des systèmes d’alliance reste plus que jamais suspendue au-dessus de l’Europe. Si une nouvelle guerre devrait éclater dans les Balkans, resterait -elle dans les limites d’une troisième guerre balkanique ou bien dégénérerait-elle jusqu’à embraser l’ensemble du Continent ? »

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