Publié par Passions Electives

Le scepticisme à l’égard de l’UE va-t-il se trouver renforcé en Serbie ?‏ La formulation choisie par la présidence chypriote à l’égard de la Serbie, lors de la dernière rencontre à Bruxelles des ministres européens des affaires étrangères apparaît à l'évidence quelque peu biaisée.

Au lieu d'une date précise espérée par les autorités serbes, ce sera nous dit-on un « calendrier détaillé », ce qui -chacun en conviendra- ne relève pas de la limpidité escomptée.

Pour les partis de la coalition qui ont associé leur légitimité à ce désir de rejoindre l'UE, c'est un demi-camouflet.

En effet, que révèle cette "décision", pour peu que l'on veuille la décrypter politiquement?

En vérité, une majorité d'Etats étaient prêts à consentir à la Serbie une date d'ouverture des négociations. Mais c'était sans compter sur l'intransigeance allemande et sans doute d'autres états (Royaume-Uni, Pays-Bas) qui selon certaines sources auraient massivement exprimé "les plus grandes réserves" quant à l'opportunité de fixer une échéance précise en vue de l'adhésion.

Et c'est donc cette réserve qui a fini par prévaloir contre l'opinion majoritaire.

Remise entre les mains de la présidence irlandaise, dont on ne saurait attendre une bienveillance exagérée à l'égard de la Serbie, la fixation d'une telle date demeure ainsi suspendue dans le flou artistique, en dépit des artifices rhétoriques déployés pour présenter la position ainsi adoptée par l’UE.

En effet, la proclamation d’une date hypothétique apparaît désormais conditionnée aux progrès attendus notamment sur l’amélioration des relations entre Belgrade et Pristina que la présidence irlandaise aura pour mission d’évaluer. Cette conditionnalité est affichée comme un préalable implicite à l’approfondissement du processus d’intégration.

Autant dire qu’aux yeux d’une opinion serbe que l'on sait sceptique à l'égard de l’adhésion de la Serbie à l’UE, le message adressé est peu susceptible de lever ces interrogations.

Et cela est d'autant plus vrai, que les partis de la majorité résolus à cette adhésion, avaient fait -jusqu'à l'obsession- de la date d'ouverture une sorte de point d’orgue de leur agenda politique.

Gageons que cette orientation sortira fragilisée d'autant que cet épisode contrariant s'ajoute aux décisions de relaxe prononcées par le TPIY à l'égard des accusés croates et kosovars.

Cette fuite en avant ne permettra pas aux gouvernants serbes d'échapper à la réalité d'un pays en proie à la récession et à une crise sociale marquée par un chômage de masse.

On sent bien en outre que la pression exercée sur Belgrade ne facilite pas la tâche des autorités serbes pour aller plus loin dans le processus dit de « normalisation » avec Pristina. Or il est un point de non-retour aux yeux de l'opinion serbe, qui réside dans l'acceptation de l'indépendance du Kosovo, inacceptable pour la Serbie au-delà d'une volonté de dialogue technique.

La question de la souveraineté nationale constituera à l’évidence un enjeu central dans la période qui vient, tant au niveau territorial, qu'au plan économique.

Convenons à cet égard que les mises en garde de Moscou, contre la tentation de trop céder en échange d'une date de négociation prennent tout leur sens dans ce contexte de frilosité européenne à l'égard de Belgrade.

C'est toute la question du positionnement géopolitique et de la stratégie de sortie de crise économique qui est posée en de nouveaux termes, au lendemain de cette décision qui témoigne au fond d'une faible appétence de certains états à l'égard du désir d’adhésion exprimé par les actuels dirigeants de la Serbie.

Nul doute que le débat politique ne peut que rebondir dans ce pays, à la lumière de tels éléments.

Enfin, il conviendrait une fois encore, de s'interroger sur le contexte de crise et de ralentissement économique qui est celui de l'UE aujourd'hui.

Toute obstination de la part de dirigeants serbes consistant à s'enfermer dans un improbable agenda, les entraînerait immanquablement dans l'impasse au risque de mettre en doute leur crédibilité, face à une opinion excédée. De surcroît, cet entêtement risquerait, sur fond de crise, de faire le lit des populismes les plus virulents.

Les nuages sombres qui pèsent sur le continent européen devraient inciter les responsables politiques serbes, ainsi que l'ensemble des acteurs de la région des Balkans, à réfléchir sur une stratégie de long terme.

A cet égard, la Serbie devrait s’impliquer dans une voie de coopération régionale et une ouverture à l'égard des autres acteurs, tels que Russie, Turquie et Chine, sans dégrader pour autant sa relation avec l'UE, dont elle doit rester un partenaire.

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